Genèse du projet “ Écrits en français sur les arts martiaux philippins”

Étant un pratiquant de la 2ème génération (la 1ère génération correspondant à l’époque des pionniers qui ont introduit la discipline en France), j’ai commencé mon étude des AMP à une époque  où nous n’avions pas encore beaucoup de recul sur notre pratique, qui plus est internet venait à peine d’apparaître. Heureusement depuis les AMP se sont développés en France, les pionniers se sont sont bonifiés avec le temps et ont formés des instructeurs, des experts étrangers ont été invités en stage et ont permit de monter le niveau, des pratiquants français ont fait des aller-retours à l’étranger pour ramener des connaissances en France, le nombre de clubs a sensiblement augmenté.

Malgré tout, le nombre d’écrits en langue française reste minime, se limitant souvent à l’histoire des AMP (avec pas mal d’erreurs) et un descriptif des différents secteurs d’étude abordés.

 

A travers ce projet, je tente d’écrire les articles que j’aurais voulu lire au début de mon apprentissage. Par ailleurs, j’ai pensé aux pratiquants d’AMP ne parlant pas suffisamment bien l’anglais pour accéder à des ressources rédigées pour des anglophones.

Enfin, j’ai toujours un sentiment de gratitude vis à vis des AMP qui m’ont beaucoup apportés.

 

Avec le recul de mes “quelques années” de pratique et les 2, 3 choses que je pense avoir compris, j’ai une forme de responsabilité (que j’assume) vis à vis de mon art pour contribuer à sa reconnaissance et transmission. J’espère que ce projet incitera d’autres instructeurs francophones à partager par écrit leurs connaissances permettant ainsi de documenter notre pratique et contribuer à sa connaissance et sa reconnaissance.
mabuhay ng Arnis Eskrima kali !!

Stéphane Fernandez

Sinawali: l’art du combat au double bâton 1ère partie

échauffement et manipulation

 

en tagalog, sinawali se traduit littéralement par tisser en analogie avec le tissage des paniers. Bien que pouvant être considéré comme l’art de combattre avec 2 armes au sens large (2 bâtons, 2 épées, 2 couteaux, 2 mains vides…), cet art est principalement pratiqué aujourd’hui dans sa forme 2 bâtons d’environ 70 cm de longueur.

 

Dans ce premier article consacré au sinawali, j’aborderais ce que j’appelle l’échauffement et les manipulations d’arme. Une des premières difficultés rencontrée lorsque l’on débute la pratique d’une arme (à fortiori 2 armes dont une tenue par la main “faible”) est une “rejet” initial.

 

L’échauffement et surtout les manipulations vont constituer la première entrée en la matière pour commencer à se coordonner, se fluidifier et faciliter ce que j’appelle la “greffe” d’un “organe” externe (un bâton) pour en faire une prolongation / extension “naturelle” de son corps.

 

Mouvements d’échauffement

 

  • bâton tenu au milieu
  • les cercles et variantes
  • croisé, croisé, décroisé, décroisé
  • les 8: haut, bas, latéral
  • horizontal croisé, décroisé
  • indian clubbell
  • redondo
  • le X
  • witik witik

 

Dans un premier temps, seul le haut du corps travaille puis ensuite introduire des déplacements.

 

quelques exemples

 

comme pour toute activité sportive, l’échauffement permet de préparer le corps à la pratique. En outre, c’est un moyen de renforcer la force de préhension, celle des poignets et avant-bras, d’assouplir les poignets, ce qui est fondamental dans l’utilisation d’une arme comme un bâton.

La manipulation des armes, utilisant principalement des techniques d’eskrima, permet d’introduire les différentes positions de tenue d’arme et les premiers enchaînements de frappes.

 

Sinawali: l’art du combat au double bâton

 

2ère partie: travail de combinaisons de frappes seul et avec un partenaire

 

Dans cette seconde partie du sujet consacrée au sinawali, nous allons aborder le travail de combinaisons de frappes seul et avec partenaire. Au stade initial, ce travail a pour objectif la coordination et la fluidité dans l’utilisation de 2 bâtons.

C’est une étape, ce qui veut dire qu’une fois un niveau de coordination suffisant atteint, l’exercice n’a plus la même importance dans l’apprentissage, d’autres exercices doivent prendre le pas. Basée sur mon expérience de pratiquant / enseignant, le travail de coordination des 2 armes est prépondérant sur la 1ère année d’apprentissage, par la suite le travail doivent nécessairement évoluer plus vers le travail d’applications et de sparring.

Cela ne veut pas dire que le travail de coordination n’a plus d’intérêt par la suite mais l’importance qu’ils occupent diminue au profit d’autres exercices.

 

1 débutant consacrera 80% du cours sinawali sur l’aspect coordination, 1 avancé beaucoup, beaucoup moins, le beaucoup beaucoup moins se réduisant à un objectif d’échauffement et mémorisation (dans l’optique de retransmettre un cursus).

 

Travail de coordination avec partenaire

Beaucoup d’écoles d’AMP abordent le travail de coordination par cette première étape. Les 2 partenaires frappent mutuellement leurs armes à l’aide de ce que l’on appelle des flots qui sont des enchaînements assez courts (de 2 à 10-15 mouvements au maximum en fonction des styles).

L’intérêt pour le novice est d’avoir en face de lui un partenaire qui va faire faire les mêmes mouvements que lui, une sorte de “miroir” facilitant ainsi son apprentissage et l’assimilation des enchaînements.

 

Compte 4 standard

 

Compte 6 haut-moyen-haut standard

 

Compte 8 standard

A noter qu’au sein de l’AACP, nous reconnaissons l’influence de l’école Inayan Eskrima dans cette étape de l’apprentissage du sinawali. Suro Mike Inay (1944-2000), le fondateur de l’école Inayan Eskrima enseignant 8 flots de base appelés compte 2 à 9 (en référence au nombre de frappes de chaque enchaînement). Ces 8 flots de base sont travaillés selon différents concepts démultipliant ainsi les combinaisons possibles.

 

Ces concepts sont:  

 

  • standard: bâton droit frappe bâton droit et inversement
  • mirroir: bâton gauche frappe bâton droit et inversement
  • complémentaire: 1 bâton reste en haut et gère les frappes hautes, 1 bâton reste en bas et gère les frappes basses
  • redondo: frappe circulaire de l’extérieur à l’intérieur
  • redondo inversé: frappe circulaire de l’intérieur à l’extérieur
  • 1 seul bâton
  • combiner ie enchaîner plusieurs flots et / ou concepts
  • suivre

 

je me permettrais de rajouter l’inversion des hauteurs (le haut devient le bas et inversement) qui ne fait pas explicitement partie des concepts inclus dans l’Inayan sinawali.

 

Ceci était un petit aparté pour aussi rendre hommage à ce grand maître parti trop tôt.

 

A ce stade, l’élève a acquis une coordination de base dans ses combinaisons de frappes en déplacement.

 

Sinawali: l’art du combat au double bâton

 

3ème partie: applications et exercices

 

Un peu de terminologie pour ne pas confondre garde et position des armes.

 

La garde est une position du corps et des armes optimale pour la défense et l’attaque

 

La position d’arme est le placement des ses armes à un instant donné

 

Le sinawali pratiqué au sein de l’AACP utilise principalement 3 gardes:

  • les 2 armes positionnées devant soi
  • 1 arme pour frapper placée généralement derrière et l’autre pour se protéger (bouclier) généralementplacée devant.
  • les 2 armes en garde en V déjà armées

Au cours d’une application ou du  combat vos armes vont frapper et défendre et donc se retrouver temporairement dans différentes configuration de position d’arme.

Ces différentes  configurations vont au final être des couples (vous tenez 2 armes) jouant sur:

 

  • hauteur des armes (haute – milieu – bas)
  • arme croisée ou décroisée
  • et si les armes sont du même côté: arme au dessus / dessous

 

Applications

 

Les configurations sont:

  • sinawali contre sinawali
  • sinawali contre solo baston
  • sinawali contre n’importe quelle arme
  • transposition 2 armes libres avec ajustement

 

La 1ère situation pédagogique mis en place est de se défendre face à une seule frappe avec pour consigne de faire une défense puis de contre-attaquer avec une combinaisons de frappes.

 

La 2ème situation pédagogique est de se défendre face à 2 attaques. En effet, il est fortement probable que l’adversaire, ayant 2 armes, va lancer une combinaison d’attaques plutôt qu’une seule attaque isolée. Cette 2ème situation pédagogique est donc plus “réaliste”.

 

Par la suite, le nombre de frappes est libre.  La schématique de travail intégrera donc combinaisons d’attaques de l’adversaire, combinaisons de défense et combinaisons de contre-attaques pour reprendre l’initiative.

 

Les exercices

 

  • 1 pour 1

J’attaque mon partenaire une fois, il fait une défense puis m’attaque à son tour, je fais une défense et réattaque, mon partenaire se défend et réattaque…. ainsi de suite en boucle (mode ping-pong, à toi, à moi)

 

En double bâton, une progression possible:

 

  • bâton droit attaque, bâton gauche défend (bouclier)
  • bâton gauche attaque, bâton droit défend (bouclier)
  • bâtons utilisés indifféremment pour l’attaque et la défense

 

ensuite évoluer vers du 2 pour 2, 3 pour 3, 1 pour 2 ….etc

 

  • Karenza


En AMP, cet exercice est l’équivalent du shadowboxing de la boxe ou une sorte de “katas” mais libre. En général c’est un exercice effectué seul mais il existe également des modalités d’exécution de Karenza avec partenaire;

 

Là encore, vous pouvez utiliser différents modalités d’exécution:

 

  • Karenza de manipulation / fluidité

    vitesse réduite, travail souple et fluide, centré sur soi et ses sensations

  • Karenza d’attaques

    travail des combinaisons d’attaques avec puissance et vitesse

  • Karenza de combat

    combat imaginaire, combinaisons de défenses et d’attaques avec puissance, vitesse et détermination

 

  • Numerado

    Dans cet exercice, un pratiquant est attaquant, l’autre défenseur/contre-attaquant.

    Le pratiquant attaquant va jouer en quelque sorte le rôle de “professeur” en servant des attaques selon une progression pédagogie définie.

    Par exemple:

    • l’attaquant donne 3 frappes selon un rythme assez homogène en laissant le défenseur faire une défense + une combinaisons de contre-attaques sur chacune de ses 3 frappes (il marque une pause).

      cela donne:
      1ère attaque et pause pour défense + contre-attaques
      2ème attaque et pause pour défense + contre-attaques
      3ème attaque et pause pour défense + contre-attaques

 

    • toujours 3 frappes de l’attaquant mais cette fois-ci l’attaquant laisse le défenseur faire une combinaisons de contre-attaques uniquement sur sa 1ère et sa 3ème attaque. Ce qui veut dire qu’il enchaîne quasiment frappe 2 et 3, ne laissant au défenseur que le temps de défense sur sa 2ème attaque.

      cela donne:
      1ère attaque et pause pour défense + contre-attaques
      2ème attaque et pause pour uniquement défense
      3ème attaque et pause pour défense + contre-attaques

    • toujours 3 frappes mais l’attaquant ne laisse le temps de la contre-attaque au défenseur que sur la 3ème attaque.

      cela donne:
      1ère attaque et pause pour uniquement défense
      2ème attaque et pause pour uniquement défense
      3ème attaque et pause pour défense + contre-attaques

      par la suite, le nombre de frappe est libre, l’attaquant casse les rythmes, feinte, varie la distance et l’intensité, “embête” le défenseur…etc…

  • Laban laro

Défenses en Solo Baston

Parmi les habilités qu’un eskrimador se doit de maîtriser, la capacité de se défendre des attaques adverses est primordiale. Dans l’article qui suit, je vous présente les différentes façons d’y parvenir.

 

En schématisant, Il existe 3 concepts défensifs assez universels:

 

– Esquiver

 

– Dévier

 

– Bloquer

 

Esquiver (“bouger la cible”)

 

L’adversaire vise une cible, en déplaçant cette cible, l’attaque arrive donc dans le vide

 

Nous pouvons:

– esquiver sur place ie sans bouger les pieds (mouvement appelé elastico)

– esquiver en bougeant 1 des 2 pieds (par exempe jambe avant en arrière ou bien jambe arrière en arrière)

– esquiver en bougeant les 2 pieds

 

Devier (“bouger l’attaque”)

 

Cette action consiste à changer l’angle de l’attaque adverse. Elle se fait en général en “frappant / poussant” l’arme adverse pour la sortir de la trajectoire initiale vers la cible.

En solo baston, cette action se fait soit avec l’arme, soit en fonction de la distance avec la main vivante ie non armée. Cette action défensive s’accompagne en général d’une esquive à l’opposé)

 

Bloquer (“stopper l’attaque”)

 

Cela consiste à interposer entre l’attaque et la cible son arme ou en fonction de la distance le bras / la main non armée.

 

Quelques exemples des différents concepts défensifs:

 

Il convient de bien maîtriser ces différents concepts car bien qu’un concept puisse couvrir plusieurs possibilités, il n’existe pas de concept universel unique couvrant toutes les possibilités.

 

Votre défense dépendra:

 

  • de la distance ente vous et votre adversaire
  • de la position de votre arme au moment où il vous attaque
  • et bien sûr de son attaque

 

Il convient également de rappeler que lorsque vous êtes défenseur, vous réagissez à une action adverse. Vous devez donc utiliser une action directe et courte sans mouvement parasite pour “rattraper” l’adversaire qui a initié en 1er une action.

 

Illustrons ces derniers points

 

1 ère illustration

je suis en garde croisée haute, l’adversaire m’attaque avec un angle 1 en partant de loin, j’esquive puis remise dans la foulée.

 

2ème illustration

même garde de départ et même attaque mais cette fois-ci, l’adversaire part de moins loin et couvre la distance plus rapidement. Je dois bloquer en partant de ma position d’arme, j’utilise un blocage pointe en bas avec contrôle de la main.

 

3ème illustration

 

4ème illustration

 

Une fois ces concepts et techniques comprises et acquises, il convient de les fonctionnaliser ie d’être capable de les utiliser en situation. C’est la prochaine étape combinant progression pédagogique, exercices adaptés, sparring à thème et libres, utilisation d’équipements de protection pour toucher au plus prêt la nature chaotique du combat.

Bon entraînement